[L'analyse du Dimanche] La première toile de Rembrandt : La Lapidation de saint Étienne

Rembrandt est un artiste que j’admire tout particulièrement, ou n’ayons pas peur de dire les mots : qui m’impressionne, tout simplement. Nous allons donc ensemble analyser et comprendre différentes œuvres de Rembrandt. Nous avons énormément à tirer de ce peintre dont la lumière vibre littéralement, c’est pourquoi j’ai décidé de lui consacrer plusieurs articles afin que nous puissions tirer ensemble le maximum de son œuvre.

 

Commençons aujourd’hui pas sa toute première œuvre, ou en tout cas sa toute première œuvre dans son tout premier atelier.

La Lapidation de saint Étienne

 

rembrandt3 [Lanalyse du Dimanche] La première toile de Rembrandt : La Lapidation de saint Étienne

 

 

À ses débuts, un peintre introduit généralement dans son œuvre tout ce qu’il sait.

Ici Rembrandt a tenté d’apporter un soin particulier à la composition. Il sait qu’Étienne a été condamné à être lapidé et il conçoit donc sa composition pour que les 21 personnages soient réparties autour d’Étienne et que celui-ci soit le centre d’attention de sa toile.

 

Il place ceux qui ont prononcés la sentence dans le fond du tableau de manière surélevée. Ils parlent entre eux et regardent.

Étienne représenté ici dans une robe rouge dite « damassé » tombe à genoux tout en fixant le ciel, la main levée.

Autour de lui,des hommes du peuple, dans des gestes amples, prêt à lui fracasser le crâne à l’aide de leurs pierres.

 

La composition est aussi marquée par cette bande horizontal de visage qui révèle plus du désordre que la dynamique liée à la violence. Tout cela ne fonctionne donc pas encore très bien. Certes il a bien travaillé les détails, a donné aux visages des bourreaux des expressions diverses, cherché la colère, l’effort du lancer, la stupeur devant la mise à mort mais l’ensemble reste irrégulier, hétéroclite (je me la pète avec des mots un peu compliqué… Hétéroclite est synonyme de hétérogène, c’est à dire non continue, avec différents aspects)

 

L’élément qu’on peut relever est le partage du tableau entre ombre et lumière. Le cheval, les trois personnages à contre-jour à gauche, les militaires… C’est d’une puissance maîtrisée, on sens que Rembrandt conditionne déjà la lumière.

 

On peut voir que cette toile est quelque-peu embrouillée mais qu’elle a de la vigueur. C’est à la limite de l’effrayant. On voit un meurtre se préparer, la tête va éclater. On perçoit bien l’horreur des organisations de supplice : les juges, les spectateurs calmes qui partiront dès que justice aura été faite et ces justiciers qui obéissent à la loi.

 

C’est pour l’instant « trop plein » mais c’est normal. Rembrandt est encore encombré de milles références et se sent donc appelé par milles devoirs : le traitement correct du thème, des caractères, des accessoires, des costumes, l’exactitude anatomique, l’organisation de la perspective… Toutes ces nécessités qu’on lui a enseignées.

 

Mais ce tableau est entouré d’un mystère.

 

Regardez cette Lapidation de saint Etienne réalisée 20 ans auparavant par Adam Elsheimer, jeune peintre Allemand mort à 32 ans.

 

arton162 [Lanalyse du Dimanche] La première toile de Rembrandt : La Lapidation de saint Étienne

 

 

C’est troublant. Rembrandt n’a pas pu le voir mais on dirait que quelqu’un lui a raconté le tableau : Regardez le partage entre l’ombre à gauche et la clarté. C’est le même chez Rembrandt. Quelqu’un qui lui aurait aussi raconté qu’Étienne est en train de tomber à genoux, qu’un homme demi-nu lève la pierre qui va lui briser la tête, que les militaires, le sultan et sa suite arrivent à cheval et enfin qu’on long triangle de lumière comme le cône d’un projecteur descend du haut du tableau vers Étienne.

Elsheimer est l’artiste dont Rembrandt va être le plus proche, dont il devinera l’essence et auquel, par une communication mystérieuse, il donnera un écho inespéré.

 

Comment comprendre cela ? C’est un mystère.

 

La Lapidation de sait Étienne de Rembrandt est l’ouvre d’un solitaire. Pendant les mois qu’il lui consacra, Rembrandt a vécu à l’écart du monde, plongé dans les images de sa mémoire. Il a donc placé sur cette toile (ou plutôt ce panneau de bois qui est le véritable support de cette œuvre) tout le savoir qu’il a accumulé et qu’il a jugé bon d’exposer. Tout ce savoir dont il va se défaire plus tard pour ne garder que celui de la lumière.

 

 

Je trouve toujours intéressant de se pencher sur la ou les toutes premières œuvres d’un peintre hors norme. On peut y voir ses erreurs, ses maladresses mais aussi son futur génie, ici la maîtrise déjà avancé de la lumière.

 

 

Amicalement votre,

 

David.

 

A VOIR ABSOLUMENT :

 

 

Les recherches courantes:

  • la lapidation de saint étienne rembrandt (1)